À la rencontre d’une des mes mentors…

C’est inexplicable cette attraction brutale qui nous pousse à prendre un billet aller-retour pour aller voir une exposition.

Sauf que ce n’est pas une exposition que je suis allée voir.

Cela se situe ailleurs, sur un autre plan.

Je suis allée me connecter. Me ressourcer.

Plongé comme dans une mer chaude et douce qui enveloppe tout le corps, dans un espace particulier pour libérer l’âme.

Et la rencontre avec celle que j’ai découverte il y a une vingtaine d’années sans jamais avoir pu voir ses œuvres a enfin eu lieu.

Je me suis laissée guider puis je suis entrée dans cet espace illimité depuis lequel sortent nos émotions…

Pleurer.

Comme lorsqu’on écoute un morceau de musique qui nous touche ou après avoir terminé les pages d’un livre qui nous a bouleversé.

Joan Michtell a livré beaucoup d’elle-même et j’ai ressenti une grande pureté dans son travail.

Bien sûr, il y a la couleur et l’énergie de ses touches, qui font déjà echo en moi, comme si j’avais suivi la même école.

Il y a aussi et surtout la quête.

« La musique, les poèmes, les paysages, et les chiens me donnent envie de peindre… et la peinture est ce qui me permet de survivre ».

À Vétheuil, Joan Mitchell travaille de manière assez solitaire, accompagnée de quelques proches, musiciens, poètes, jeunes artistes qui résident ponctuellement chez elle. Travaillant souvent séparément les panneaux qui composent ses polyptyques, elle les réarrange progressivement, créant des connexions de mémoire avant de les joindre dans une composition finale.

« Je cherche à « arrêter le temps, â l’encadrer » expliquait Mitchell.

Je ne pouvais pas simplement poster trois images sur les réseaux sociaux.

Besoin de consigner ici cette expérience afin de la retrouver à tout moment.


J’aime particulièrement ce qu’elle dit ici quand elle cherche à dépasser les attendus de la peinture abstraite, elle a élargi sa capacité à incarner ce qui résiste aux mots :

« Voir, pour beaucoup de gens, n’est pas une chose naturelle. […] Ils ne voient que des clichés appris. Ils restent pris dans le langage ».

Joan Mitchell, 1925-1992

Trente ans après la disparition de Joan Mitchell, la Fondation Louis Vuitton lui dédie une rétrospective, en prélude à un dialogue de ses œuvres avec celles de Claude Monet.

Chronologique, cette exposition permet de parcourir les grandes étapes de son œuvre : ses premières abstractions peintes au début des années 1950 à New York : les toiles réalisées durant les années qu’elle passe entre la France et les USA : le début des années 1960 à Paris les immenses formats des années 1970 à Vétheuil; les liens particuliers qu’entretient sa peinture avec la poésie, la nature, la musique.

Née en 1925 à Chicago, Joan Mitchell s’installe à New York en 1949 pour se confronter aux tenants de l’expressionnisme abstrait, en premier lieu Franz Kline et Willem de Kooning. En quelques années, elle s’impose comme l’une des rares femmes reconnues sur la scène américaine de l’après-guerre, ainsi qu’en témoigne sa participation à la « Ninth Street Art Exhibition » de 1951.

De 1955 à 1959, l’artiste multiplie les allers-retours entre son atelier de St. Mark’s Place à New York et Paris, avant d’emménager définitivement en France, rue Frémicourt. Ce déplacement n’ouvre pas tant un nouveau chapitre de son œuvre qu’il renouvelle son indépendance. Il en sera de même en 1968 quand, quittant la capitale pour sa propriété de La Tour, située à Vétheuil à la lisière de la Normandie, elle trouvera un lieu à l’unisson de sa peinture.

La situation particulière de Joan Mitchell entre l’Europe et l’Amérique, sa relation forte avec l’art du tournant des XIXe et XXe siècles et sa dévotion à l’exercice de la peinture la situent dans une temporalité particulière. Mais c’est sans doute parce qu’elle a adopté son propre a rythme et dicté ses règles qu’elle est aujourd’hui considérée comme l’une des voix les plus vives de la peinture de la seconde moitié du XXe siècle.

Sans cesser d’affirmer que son œuvre était abstraite, Mitchell a établi un mode de représentation singulier qui admet l’évocation de la nature. Avec ses couleurs, gestes, rythmes et matières, l’artiste communique ce qu’elle nommait elle-même des « feelings » -une manière de traduire à la fois les sentiments, les souvenirs, les paysages qu’elle portait avec elle -de son enfance au bord du lac Michigan jusqu’à la terrasse de Vétheuil. Dépassant les attendus de la peinture abstraite, elle a élargi sa capacité à incarner ce qui résiste aux mots. « Voir, pour beaucoup de gens, n’est pas une chose naturelle. […] Ils ne voient que des clichés appris. Ils restent pris dans le langage ».