C’est inexplicable cette attraction brutale qui nous pousse à prendre un billet aller-retour pour aller voir une exposition.
Sauf que ce n’est pas une exposition que je suis allée voir.
Cela se situe ailleurs, sur un autre plan.
Je suis allée me connecter. Me ressourcer.
Plongé comme dans une mer chaude et douce qui enveloppe tout le corps, dans un espace particulier pour libérer l’âme.
Et la rencontre avec celle que j’ai découverte il y a une vingtaine d’années sans jamais avoir pu voir ses œuvres a enfin eu lieu.
Je me suis laissée guider puis je suis entrée dans cet espace illimité depuis lequel sortent nos émotions…
Pleurer.
Comme lorsqu’on écoute un morceau de musique qui nous touche ou après avoir terminé les pages d’un livre qui nous a bouleversé.
Joan Michtell a livré beaucoup d’elle-même et j’ai ressenti une grande pureté dans son travail.
Bien sûr, il y a la couleur et l’énergie de ses touches, qui font déjà echo en moi, comme si j’avais suivi la même école.
Il y a aussi et surtout la quête.
« La musique, les poèmes, les paysages, et les chiens me donnent envie de peindre… et la peinture est ce qui me permet de survivre ».
À Vétheuil, Joan Mitchell travaille de manière assez solitaire, accompagnée de quelques proches, musiciens, poètes, jeunes artistes qui résident ponctuellement chez elle. Travaillant souvent séparément les panneaux qui composent ses polyptyques, elle les réarrange progressivement, créant des connexions de mémoire avant de les joindre dans une composition finale.
« Je cherche à « arrêter le temps, â l’encadrer » expliquait Mitchell.

Je ne pouvais pas simplement poster trois images sur les réseaux sociaux.
Besoin de consigner ici cette expérience afin de la retrouver à tout moment.
J’aime particulièrement ce qu’elle dit ici quand elle cherche à dépasser les attendus de la peinture abstraite, elle a élargi sa capacité à incarner ce qui résiste aux mots :
« Voir, pour beaucoup de gens, n’est pas une chose naturelle. […] Ils ne voient que des clichés appris. Ils restent pris dans le langage ».

